Sargasses : plus d’odeurs que de mal, mais…


Source de cet article: France Antilles Martinique

ENVIRONNEMENT. Au-delà de l’insupportable odeur que dégagent les algues sargasses en décomposition, des questions sanitaires se posent. Décryptage des seuils en vigueur et de la situation en 6 points.

 

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Les niveaux de gaz les plus importants enregistrés par l’ARS, qui effectue des mesures depuis le début des échouages, ont été enregistrés le lundi 6 octobre au Robert.

 

Comment est mesurée la nocivité des algues sargasses ?

Les algues en elles-mêmes ne sont pas toxiques et ne peuvent être considérées comme de la pollution quand elles sont en mer. Il s’agit même “d’oasis de biodiversité” pour reprendre les mots de la direction de l’environnement. Par contre, les problèmes échouent en même temps qu’elles sur nos côtes : quand les algues sargasses commencent à se dégrader, plusieurs gaz se dégagent dont l’hydrogène sulfuré (le fameux H2S). En tant que tel, il s’agit d’un gaz très toxique mais “tout dépend de la dose respirée et de la durée d’exposition”, selon l’Agence régionale de santé. La quantité de H2S dans l’air se mesure en ppm, c’est-à-dire “partie par million”. Cela correspond à un rapport de 1 pour 1 million.

Quel est le seuil au-delà duquel les premiers effets sanitaires se font sentir ?

L’odeur de ce gaz, proche de l’oeuf pourri, est bien caractéristique. Elle est détectable à partir de niveaux très faibles, environ 0,02 à 0,03 ppm. Seulement, dès que ce seuil est atteint ou presque, à environ 0,07 ppm, les premières irritations pour voies respiratoires et oculaires se font sentir. Mais il faut des niveaux bien plus élevés pour que les effets sanitaires deviennent vraiment préoccupants (outre les aspects olfactifs, environnementaux ou économiques).

Quel est le seuil au-delà duquel il peut y avoir un réel danger pour la santé ?

À partir de 50 pmm, voire 100 ppm. Les niveaux atteints en 2011 et 2014 sont bien en-deça. Entre 50 et 200 ppm, les irritations peuvent se traduire par des photophobies, des conjonctivites, des rhinites, de l’enrouement, de la toux… Au-delà de 250 ppm, il peut y avoir des oedèmes pulmonaires. Et au-delà de 500 ppm, des évanouissements et des décès peuvent survenir.

Quels sont les niveaux atteints actuellement ?

Les niveaux les plus importants enregistrés par l’ARS, qui effectue des mesures depuis le début des échouages, ont été enregistrés le lundi 6 octobre au Robert : 17 ppm à Pontaléry, et 14 ppm à la Baie Cayol, pointe Savane. Ces mesures ont été faites à un mètre des échouages seulement. Toutefois, l’Agence régionale de santé, dans la journée d’hier, a effectué des mesures chez les particuliers notamment à Pontaléry. À partir de 5 ppm chez l’habitant, les autorités pourraient envisager des recommandations précises.

Y a-t-il des consultations chez le médecin ?

Selon l’ARS, en une semaine, environ 160 personnes auraient consulté un médecin à cause des algues, en rapportant des maux de têtes, des irritations, des crises d’asthme. Toutefois, aucun cas grave nécessitant une hospitalisation n’a été signalé, pour l’instant.

À partir de quel moment faut-il ramasser les algues ?

Le constat du Haut conseil de la santé publique, dans un avis publié en 2012, est sans appel : dans tous les cas, “un ramassage rapide est souhaité”! Le HCSP préconise, comme l’ARS le suggérait :

  • pour des valeurs entre 0,2 et 1 ppm sur les plages à proximité des échouages d’algues : mise en place du chantier d’enlèvement des algues et information du public ;
  • pour des valeurs entre 1 et 5 ppm sur les plages : information du public (notamment accès déconseillé aux personnes sensibles et fragiles); enlèvement immédiat des algues.
  • pour des valeurs supérieures à 5 ppm sur les plages : accès réservé aux professionnels équipés de moyens de mesure individuels avec alarmes ; mesures d’H2S au niveau des habitations riveraines.

C.Everard