Un bond en avant dans la connaissance des volcans


Source : France Antilles du Mercredi 3 décembre 2014

Pendant quatre ans, Montagne Pelée et Soufrière ont été étudiées sous toutes les coutures, à travers le projet CASAVA. Un travail essentiel pour se préparer à une éventuelle crise majeure.

Ces dernières années, le risque volcanique semble s’être effacé derrière le risque sismique. En apparence. Car si le planSéisme Antilles nécessite beaucoup de moyens, les volcanologues ont aussi
réussi à mobiliser autour du projet Casava*.

Depuis quatre ans, des partenaires de domaines très différents travaillent ensemble pour appréhender le risque volcanique, non seulement des chercheurs en sciences de la terre (volcanologues,
géologues), mais aussi en sciences humaines et sociales (sociologues, psychologues), des mathématiciens, des géographes ainsi que les autorités en charge de la gestion de crise. Au
total une quinzaine de partenaires.

«L’objectif final du projet était de fournir aux politiques et décideurs tous les outils pour prendre les bonnes décisions en cas de crise volcanique», précise Valérie Clouard, la directrice de
l’Observatoire volcanologique et sismologique de Martinique (OVSM). Pour remplir cet objectif, les partenaires ont commencé par fouiller le passé. «En volcanologie, il y a toujours
une grande part d’incertitude. Mais le savoir que nous avons sur les deux volcans est différent : nous connaissons bien le passé éruptif de la Pelée, moins bien la Soufrière, qui est actuellement plus éruptive et plus active», analyse Jean-Christophe Komorowski, de l’Institut de physique du globe de Paris (IGPG), coordonnateur du projet.

L'impact d'une éruption de la Soufrière a été modélisé sous forme de cartes comportant différentes couches. De la géologie du lieu jusqu'aux conséquences finales d'une éventuelle catastrophe, tout a été analysé.

L’impact d’une éruption de la Soufrière a été modélisé sous forme de cartes comportant différentes couches. De la géologie du lieu jusqu’aux conséquences finales d’une éventuelle catastrophe, tout a été analysé.

DERNIÈRES FUMEROLLES EN 1967

Les chercheurs ont ensuite établi différents scénarios. Pour la Montagne Pelée par exemple, trois événements ont été dépoussiérés : l’éruption de 1902 bien entendu, mais aussi celles de
1635 et de 1851.
La dernière fois que le volcan a lâché quelques fumerolles, c’était en 1967. «La Pelée ne donne pas de signe de réactivation, mais on la surveille», ajoute Jean-Christophe Komorowski.
Un millier de séismes volcaniques sont enregistrés chaque année par l’OVSM.
«Nous enregistrons de plus en plus de données grâce à un réseau plus performant. L’environnement n’a pas changé, mais c’est nous qui avons changé de lunettes».
L’originalité du projet réside dans le fait d’avoir ajouté aux scénarios purement scientifiques des considérations socioculturelles et territoriales : «Nous tenons compte de la vulnérabilité culturelle, sociale ou encore institutionnelle», explique Jean-Christophe Komorowski.
Julie Morin, post-doctorante à l’IPGP, acquiesce : «Il y a des facteurs qu’il ne faut pas négliger : les croyances populaires, le refus d’évacuer, le fort turn-over des gendarmes en poste, l’absence
d”informations à la population ou encore les rumeurs qui circulent très vite dans les émissions radio participatives». La perception même de l’information scientifique a été remise en question : «Les
discours scientifiques font l’objet soit de croyances aveugles, soit d’un scepticisme systématique», pointe Maud Deves, géophysicienne à l’IPGP et psychologue.
Le projet Casava s’arrête au 31 décembre et fait actuellement l’objet de restitutions, en Guadeloupe et en Martinique. Il a été financé par l’Agence nationale de la recherche.
Un rapport final sera rendu public en mars 2015.

C.Everard

Signes avant-coureurs de séismes : des pistes prometteuses

Le rêve des scientifiques est de détecter les signaux et secousses prémonitoires à un fort tremblement de terre. La recherche vient de faire un bond en avant, grâce à l’étude du fond des océans.

Pour la première fois, une relation est établie entre les séismes précurseurs observés et le choc principal d’un séisme.
C’est le résultat d’une étude menée par des chercheurs de plusieurs instituts* et publiée le 14 septembre dernier dans Nature Geoscience.
Pour cela, les chercheurs se sont tournés vers le milieu océanique. «Les données utilisées pour élaborer ce modèle sont issues d’observatoires sousmarins déployés dans des zones de fracture du Pacifique Nord-Est», explique l’Ifremer. «Les scientifiques ont pu montrer que les propriétés des fluides (gaz, liquides, NDLR) circulant dans les zones de faille sous-marines changent avec le temps,
au cours de ce que l’on appelle le cycle sismique. Ce terme décrit le cycle suivant lorsque les contraintes s’accumulent le long d’un plan de faille, jusqu’à dépasser le point de rupture. Quand le
séisme se produit, les contraintes se relâchent puis s’accumulent de nouveau, jusqu’au prochain séisme, etc.»
Comme ces fluides sont très proches des dorsales océaniques, ils sont soumis à une forte pression et à une forte température : ils peuvent ainsi atteindre un état de la matière dit «supercritique».
Dans cet état «supercritique », les fluides subissent de telles différences de pression que cela pourrait entraîner des secousses prémonitoires, puis un séisme plus important.
«Les résultats obtenus pourraient permettre d’orienter les futures recherches vers la détection de signaux précurseurs avec, à terme, des applications possibles dans la prévision sismique», conclut l’Ifremer.
*L’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer), le Centre national de la recherche scientifique et l’Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux (IFSTTAR)